Le principal objectif de la lutte antivectorielle contre le paludisme consiste à réduire considérablement à la fois le nombre d’infections et le taux d’infection par le parasite ainsi que les épisodes cliniques en luttant contre le moustique vecteur et en réduisant par là-même et/ou en interrompant la transmission. On dispose à l’heure actuelle de deux interventions opérationnelles principales pour la lutte antivectorielle contre le paludisme : les pulvérisations d’insecticide à effet rémanent à l’intérieur des habitations et les moustiquaires à imprégnation durable. Ces interventions essentielles peuvent être complétées localement par d’autres méthodes (lutte larvaire ou aménagement de l’environnement, par exemple) dans le contexte de la gestion intégrée des vecteurs. La mise en œuvre efficace et soutenue de ces interventions de lutte antivectorielle exige une volonté politique et un engagement clairs des autorités nationales ainsi qu’un soutien à long terme des partenaires financiers.
Les femmes enceintes sont fortement exposées au paludisme. Les femmes enceintes non immunisées risquent de contracter les formes cliniques aiguës et sévères de la maladie, pouvant entraîner jusqu’à 60 % de pertes fœtales et plus de 10 % de décès maternels ( jusqu’à 50 % pour les formes graves). Les femmes enceintes semi-immunes infectées risquent une anémie grave et un retard de croissance du fœtus même si elles ne manifestent aucun signe clinique aigu de maladie. On estime que 10 000 de ces femmes et 200 000 nouveau-nés meurent chaque année des suites d’une infection palustre au cours de la grossesse. Les femmes enceintes infectées par le VIH sont exposées à un risque accru. L’OMS recommande que tous les pays d’endémie fournissent un ensemble d’interventions pour la prévention et la prise en charge du paludisme pendant la grossesse consistant : 1) à diagnostiquer et à traiter tous les épisodes cliniques ainsi que l’anémie et 2) à distribuer des moustiquaires imprégnées d’insecticide pour prévenir les piqûres de moustiques et les infections pendant la nuit. Dans les zones à forte endémicité de paludisme à falciparum, ces interventions devraient être complétées par 3) le traitement préventif intermittent par la sulfadoxine-pyriméthamine pour éliminer régulièrement les infections placentaires.
Résistance aux insecticides
Malgré des efforts nationaux et internationaux accrus pour élargir les interventions rentables de lutte antivectorielle et accroître au maximum la protection des populations exposées, des problèmes importants subsistent qui mettent en danger ces objectifs et la pérennité des réalisations. Il s’agit d’une résistance accrue des moustiques vecteurs aux insecticides, du comportement et de l’écologie des vecteurs locaux du paludisme – qui se modifient souvent par suite des interventions de lutte anitpaludique – et du nombre de plus en plus réduit d’insecticides disponibles pouvant être utilisés contre les vecteurs du paludisme (adulticides).
Il n’existe à l’heure actuelle aucune alternative au DTT et aux pyréthrinoïdes et la mise au point de nouveaux insecticides sera une entreprise longue et coûteuse. C’est pourquoi il convient d’appliquer immédiatement des pratiques valables de gestion de la résistance des vecteurs pour garantir que les insecticides actuellement disponibles conservent leur utilité. A l’heure actuelle, on ne dispose que de données limitées concernant l’impact des divers mécanismes de résistance sur l’efficacité des interventions de lutte anti vectorielle, qu’elles soient mises en œuvre seules ou en association avec d’autres mesures.
Des données récentes en provenance d’Afrique indiquent que la résistance aux pyréthrinoïdes et au DTT est plus répandue qu’on ne le pensait. On estime que le même degré de résistance aura des effets plus préjudiciables sur l’efficacité des pulvérisations d’insecticide à effet rémanent à l’intérieur des habitations que sur l’utilisation de moustiquaires à imprégnation durable mais les données qui l’attestent sont très limitées. Les réseaux de surveillance de la résistance des vecteurs demandent encore à être considérablement renforcés pour pouvoir faire de la détection de la résistance une opération de routine des programmes nationaux, en particulier dans les pays des Régions de l’Afrique et de la Méditerranée orientale. L’alimentation d’une base de données mondiale par des bases de données régionales et l’accès à celle-ci par les gouvernements, les chercheurs et les responsables de l’élaboration des politiques favoriserait considérablement l’usage rationnel et le déploiement des interventions de lutte antivectorielle.