

La reconstitution vaginale, un ensemble de pratiques ou
d’opérations dangereuses consistant à améliorer ou à refaire l’organe génital
de la jeune femme, est au cœur d’un véritable problème de santé publique. C’est
un sujet tabou, dont on entend rarement parler. Pourtant, le phénomène prend de
l’ampleur, dans notre pays et partout en Afrique. Nombreuses sont les femmes
qui y sont soumises parce que leurs parents, elles-mêmes ou leurs amies
veulent conserver leur virginité ou rétrécir leur appareil génital. Elle a
cours dans nos villes, nos quartiers et nos villages. Elle se pratique sans
précaution par des personnes n’ayant aucune formation médicale reconnue.
La réparation vaginale
entraîne de nombreux dégâts pour la santé de la jeune femme : MST, douleurs
atroces lors des relations sexuelles, cancers de l’utérus, infertilité,
écoulements vaginaux inhabituels et graves infections vaginales, y compris des
risques accrus de contracter le VIH Sida. Le danger est apporté par la grande
famille des pratiques traditionnelles : feuilles de tabac, pierre d’alun,
instruments et outils divers… Il s’agit d’un véritable couloir
insoupçonné de la mort.
Après une enquête
minutieuse, réalisée au Mali mais aussi au Bénin, au Cameroun et au Gabon avec
l’appui de collègues du programme Sjcoop de la Fédération mondiale des
journalistes scientifiques, nous sommes en mesure de vous livrer les dernières
informations disponibles sur ces pratiques imprudentes. Des victimes
témoignent. Des témoins confirment. Des praticiens tentent d’expliquer. Des
médecins montrent les dangers. Et des spécialistes essayent de comprendre.
Voici le résultat de nos investigations…
Resserrer le vagin pour
faire plaisir à son partenaire et donner l’illusion d’une seconde virginité, le
phénomène est connu de toute la gent féminine et masculine du continent
africain. Chacune y va de sa recette suivant sa localisation géographique et sa
culture. Les produits utilisés sensément bio pause très souvent le problème de
dosage aux conséquences néfastes sur l’appareil génital de la femme.
Ne vous y trompez pas, il
ne s’agit absolument pas de cette opération issue de la médecine moderne, très
répandu en occident et dans certaine régions d’Afrique du nord, qui
consiste à poser un hymen artificiel chez certaines jeunes femmes
pour des raisons culturelles. Car, ce petit rebord de tissu qui est
généralement présent comme une sorte de collerette autour de l’entrée du vagin
des jeunes filles (vierges) est précieux. Et, sa signification symbolique
est d’obtenir une place dans la société: une jeune fille passe du statut de
neutralité sexuelle à celle d’un être sexuellement affirmé. Ne pas y participer
peut entraîner des représailles au détriment de la jeune fille et de sa famille
à l’occasion des noces. « Le fait de garder sa virginité est quelque chose
d’important » selon les coutumes malienne souligne le Dr Malik Traoré. «
Les techniques utilisées par les jeunes filles sont traditionnelles. Les
techniques modernes sont proscrites » conclut le Médecin Malien.
Une autre pratique qui lui
est voisine, aux objectifs en tout points différents, tirerait également son
origine des de la riche culture africaine. Le principe voudrait que les femmes
le fassent pour satisfaire l’appétit sexuel de leurs partenaires en même temps
qu’elle se maintiendrait en bonne santé. Ce phénomène touche le continent noir,
et singulièrement l’Afrique de l’ouest et du centre. Jadis, soutien Marie
Augustine, sage femme à l’hôpital général de Libreville, cette pratique avait
une vocation médicale d’abord, érotique ensuite. Selon l’infirmière, après
l’accouchement la parturiente (femme qui vient d’accoucher), loin des centres
de soins de santé modernes, recevait des soins de la guérisseuse traditionnelle
ou de sa propre mère généralement dépositaire de ce savoir faire ancestral.
De manière générale,
il était question de bain de siège, d’utilisation de sortes d’ovules
faites de feuilles macérées, puis insérés délicatement dans la cavité vaginale.
La jeune maman devait garder cette mixture en elle toute la nuit.
L’opération se répéterait durant les six premiers mois de l’allaitement. L’objectif
étant de resserrer le vagin traumatisé par l’accouchement tout en évacuant les
liquides encore dans l’utérus.
Ces soins n’étaient pas
uniquement destinés à la femme en période d’allaitement vient renchérir Marie
Chimène, originaire du nord Gabon. Tous les six mois, poursuit cette dame de 49
ans, une femme doit recourir à cet ovule pour l’entretien de son organe
génital, outre les produits de la médecine moderne. Tout comme la fillette à
qui la maman doit administrer les mêmes soins pour prévenir certaines
infections.
Ce phénomène, silencieux,
est également présent au Cameroun où l’utilisation des feuilles de tabac,
la pierre dite blanche, ou les écorces d’arbres spécifiques est quasi
systématique chez les travailleuses du sexe et certaines jeunes femmes mariées
ou pas vivant en couple. Les travailleuses du sexe, au vagin
régulièrement sollicité, recours à cette pratique non seulement pour
l’entretien de leur « outil de travail » bien plus encore pour améliorer
l’offre. Les raisons évoquées lorsqu’elles acceptent de parler chez les femmes
mariés et autres demoiselles en union libre est la possibilité d’avoir des
relations sexuelles en dehors du mariage sans attiré l’attention du partenaire.
Les produits varient donc
selon les pays. Au Bénin, la pierre d’halin ou hâlon à l’origine destiné à
désinfecté l’eau et lutter contre les odeurs fortes. Elle n’est pas utilisée au
Gabon ou au Cameroun. Chez les pygmées Baka du Cameroun, on utilise des
feuilles sous forme d’ovule et des bains de siège. « L’effet est immédiat.
On saigne à la pénétration. Mais, cela ne dure que le temps du rapport sexuel
» regrette cette jeune femme de Yaoundé visiblement désabusé.
Mademoiselle N.M du Gabon a
reconnu avoir utilisé cette technique pendant un certains sous les lumières de
sa mère initiatrice. Initié au mboumba yano, un rite initiatique traditionnel
destiné aux femmes, présent dans le sud du Gabon, Mademoiselle N.M se souvient
qu’ « avant le retour de son fiancé étudiant en Europe, après trois ans
d’absence, utilisait une mixture conçu à partir de trois plantes, macérées sous
forme d’une ovule pharmaceutique. La mixture est conservée dans le congélateur
toute une nuit pour qu’elle devienne ferme avant de l’introduire dans la cavité
vaginale. Après une nuit passée avec cet ovule, l’ovule doit être ôté à l’aide
d’une compresse humide sans y introduire une seule goutte d’eau dans le
vagin. Le résultat de cette opération est fonction de l’anatomie de chaque
femme » poursuit l’étudiante à l’Université Omar BONGO de Libreville. « Si
vous êtes large, l’effet ne dure qu’un jour. Si, en revanche vous être étroite
ça peut durer trois à quatre jours » soutien Mademoiselle N.M.
Le succès éphémère de cette
pratique n’occulte pas le caractère dangereux décrié par certains médecins
notamment les praticiens de la médecine moderne qui ont pu observer le
phénomène. « Il existe zéro avantage » soutien ce Médecin Camerounais
excédé. « Ce n’ai absolument pas une virginité anatomique. Juste une illusion,
un mirage » conclut-il. Le Dr Emmanuel OWAHEION du Bénin est formel «
l’aboutissement de tout ceci est l’agression de la muqueuse qui se blesse. Ce
qui abouti, à terme, à un cancer de l’utérus ». Car, ses astreignants ont un
effet néfaste sur l’organe génital extrêmement fragile de la femme
» Conclut l’obstétricien. Le lien avec les autres maladies notamment le
VIH/ sida devient inévitable. Car, appui le Dr Nazaire KIMBANGOU du Gabon
« l’organe génital de la femme a été conçu de tel sorte qu’il y a une flore
vaginale microbienne naturelle scientifiquement appelée bacille de
Döderlein qui protège la muqueuse vaginale. L’utilisation de ses produits
détruit cette flore vaginale et expose du coup le vagin de la femme à des
agressions à répétition. Il n’est pas rare des femmes venir se présenter pour des
infections à répétition. Cela favorise non seulement les infection habituelles,
mais également les infections sexuellement transmissibles y compris bien sûr
l’infection à vih qui trouve là une porte d’entrée pour envahir l’organisme
tout entier »
En attendant, la pratique
étant très peu documentée, les victimes meurent en silence comme ce fut le cas
de cette jeune musulmane dont la sœur révoltée qui a requis l’anonymat, raconte
la gorge nouée par l’émotion et les yeux pleins de larmes amers : « c’est
n’importe quoi cette pseudo virginité. J’en connais plusieurs qui portent
encore aujourd’hui des serviettes hygiéniques toute l’année. Le cas de ma sœur
est triste mais illustre parfaitement la dangerosité de la pratique. Elle a
vécu dans la souffrance et les soucis parce qu’elle ne savait pas que cela
devait se passé comme ça. Au départ, elle se passait pour une spécialiste en la
matière puisqu’elle vendait même ces produits. Elle était suivie par un
médecin. Elle a souffert pendant 20 longues pénibles années. Son mari l’a
quitté, elle a fini par décédé des suites des complications dues aux multiples
infections survenues au cours de sa longues agonie ».
Les tradithérapeutes, tout
en appuyant les déclarations de leur confrères de la médecine moderne, estiment
qu’autant il existe des produits pas du tout adaptés à cette utilisation comme
la pierre dalin ou encore appelé pierre blanche, autant le problème réside dans
le non respect de la posologie. Le débat reste entier puisqu’en face, on parle
de dosage approximatif ne tenant pas compte de certaines notions comme la
toxicité des produits utilisés. Les utilisatrices, les avertis estiment qu’un
couplage des deux médecines pourraient bénéfiques pour les patients.
Mademoiselle N.M estiment que « on taxe trop la médecine traditionnelle d’être
un peu archaïque. Pourtant les résultats pour une même pathologie peuvent être
les mêmes. Alors dans ce cas pourquoi ne pas jumeler les deux ? Il faut
qu’il y ait une complémentarité entre les deux médecines.
En Afrique le phénomène
existe, mais son caractère silencieux échappe aux radars des spécialistes des
questions de santé. Il n’est certes pas documenté. Mais, il n’est pas moins
destructeur. C’est pour cette raison que le Directeur Général de la santé du
Gabon estime qu’il est urgent de s’y penché. Pour le Dr Jean Damascène KOUYA, «
les victimes ou les utilisatrices de ses produits doivent être absolument
sensibilisé. Car, avec une prévalence encore trop lourde de Près de 6% pour une
population de moins de 2 millions d’âmes, le Gabon ne peut plus se payer le
luxe de laisser l’occasion au VIH de trouver une porte aussi grandement ouverte
à travers la muqueuse vaginale agressée. Il faut donc que les chercheurs se
mettent au travail pour décrire la réalité du phénomène afin de donner de la
matière au Gouvernement qui décidera en dernier ressort. »
Au Gabon, les autorités
commencent à prendre conscience de l’importance du phénomène avec ses
ramifications avec le sida et les autres infections sur la femme, porteuse de
vie. En revanche, le continent tout entier, du moins dans les zones concernées,
c’est encore le grand tabou sous le sceau de la tradition et de la religion.
Jusqu’à quand resterait-on silencieux, la réponse sur les lèvres des autorités.